Marina Vlady, le dernier éclat d’une étoile russe du cinéma français
Elle avait le visage d’une héroïne russe, l’allure d’une Parisienne et une liberté qui n’appartenait qu’à elle. Actrice, chanteuse, écrivaine et militante, Marina Vlady, disparue le 24 septembre à l’âge de 88 ans, aura traversé près de huit décennies de cinéma sans jamais se laisser enfermer dans une image. De Robert Hossein à Godard, de Ferreri à Orson Welles, elle fut tour à tour princesse, femme fatale, mère, amante, femme moderne et femme engagée. Derrière elle demeure aussi l’histoire romanesque d’une famille russe dont les quatre filles firent carrière dans le spectacle.
Une famille russe, quatre destins d’artistes
Marina Vlady naît Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, le 10 mai 1938 à Clichy. Ses racines plongent profondément dans la Russie impériale puis révolutionnaire. Son père, Vladimir Poliakoff, baryton d’opéra, arrive en France en 1915. Sa mère, Militza Envald, danseuse étoile, le rejoint en 1917, fuyant la révolution bolchevique.

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L’exil n’a rien d’un conte doré. Le couple connaît les difficultés matérielles, Vladimir allant jusqu’à travailler comme maçon pour faire vivre sa famille. Mais l’art demeure le fil rouge de la maison. Les quatre filles deviendront à leur tour artistes : Olga prend le nom d’Olga Varen et devient comédienne puis réalisatrice de télévision ; Tania devient Odile Versois ; Militza, Hélène Vallier ; Catherine Marina choisit Marina Vlady, en référence à son père Vladimir.

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Les « sœurs Poliakoff » forment ainsi une étonnante fratrie artistique. Elles enregistrent des chansons russes et se retrouvent même ensemble sur scène dans Les Trois Sœurs de Tchekhov, en 1966. Leur histoire familiale, faite d’exil, de musique, de théâtre et de cinéma, accompagne Marina tout au long de son existence.
Une enfant devenue étoile
Marina Vlady entre très tôt dans le monde du spectacle. Elle apparaît à l’écran dès l’âge de dix ans dans Orage d’été, en 1949. À l’adolescence, elle tourne déjà en France et en Italie et devient rapidement l’un des nouveaux visages du cinéma.

Marina Vlady à La Mostra de Venise, 1959 © Wikipedia
La révélation survient avec Avant le déluge d’André Cayatte, en 1954. Elle n’a que seize ans et reçoit le prix Suzanne-Bianchetti, récompensant l’actrice la plus prometteuse. À Cannes, une anecdote résume déjà le décalage entre la jeune femme et le monde qui s’apprête à faire d’elle une vedette : le film étant interdit aux moins de 16 ans, Marina peut monter les marches mais ne peut pas entrer dans la salle pour assister à la projection.
Très vite, elle tourne avec les grands noms de son époque. Robert Hossein devient son premier mari et son partenaire de cinéma dans plusieurs films, dont Les Salauds vont en enfer et Toi, le venin. Mais Marina Vlady refuse de rester prisonnière du statut de jeune première.
De la Princesse de Clèves à Godard
En 1961, Jean Delannoy lui confie le rôle-titre de La Princesse de Clèves. Elle y abandonne les rôles de séductrice et révèle une autre facette de son talent. Quelques années plus tard, elle obtient le prix d’interprétation féminine à Cannes pour Le Lit conjugal de Marco Ferreri.

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Puis viennent Orson Welles et son Falstaff, Jean-Luc Godard et Deux ou trois choses que je sais d’elle, Ettore Scola, Bertrand Tavernier, Jean Yanne… Sa filmographie, riche de plus de 80 films et approchant la centaine selon les décomptes, traverse aussi bien le cinéma populaire que le cinéma d’auteur.
Avec Godard, l’expérience est pour le moins particulière. Pour Deux ou trois choses que je sais d’elle, le cinéaste, qui lui fait une cour assidue et lui propose même de l’épouser, finit par diriger Marina à distance. Il lui parle parfois à travers une oreillette plutôt que directement. Lorsqu’elle lui demande comment mieux jouer, il lui lance même, selon ses souvenirs, qu’elle devrait aller à pied de son domicile jusqu’à La Courneuve plutôt que de prendre un taxi. Une méthode de direction pour le moins godardienne.
Ferreri, une plage et un plongeon inattendu
Parmi les souvenirs de tournage racontés par Marina Vlady, celui de sa collaboration avec Marco Ferreri est particulièrement savoureux. Après une journée de travail sur une plage d’Ostie, le réalisateur se déshabille soudainement et plonge dans la mer. Vlady le suit. Ferreri lui révèle alors avoir été, sous le fascisme, plongeur d’assaut dans la marine italienne. La situation amuse encore l’actrice des années plus tard : difficile, en effet, d’imaginer l’anarchiste Ferreri dans cet uniforme.

Marina Vlady par le Studio Harcourt © Wikipedia
C’est aussi sur ce film qu’elle apprend qu’elle vient de recevoir le prix d’interprétation à Cannes. Sa réaction ? Elle raconte être littéralement « tombée de sa chaise », avant de se précipiter pour enfiler une petite robe noire.
Une vie privée aussi romanesque que ses films
Marina Vlady aura également vécu plusieurs vies dans sa vie. Elle épouse d’abord Robert Hossein, puis l’aviateur Jean-Claude Brouillet. Son troisième mari est le poète et chanteur russe Vladimir Vissotski, immense figure culturelle soviétique. Leur relation sera passionnée et complexe, marquée par la distance et les contraintes imposées par le régime soviétique. Vlady tentera notamment de l’aider à sortir d’URSS. Vissotski meurt en 1980, à seulement 42 ans.

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Plus tard, elle partage la vie du cancérologue Léon Schwartzenberg. Avec lui, son engagement devient une part essentielle de son identité publique. Elle signe en 1971 le Manifeste des 343 en faveur du droit à l’avortement et s’engage ensuite auprès des sans-papiers, des sans-logis et des exclus.
Cette dimension militante n’est jamais séparée, chez elle, de sa conception de la liberté. Marina Vlady n’aura cessé de défendre une certaine idée de l’indépendance féminine, dans ses choix artistiques comme dans sa vie personnelle.
Une femme entre deux mondes
Elle était née en France mais avait grandi avec la mémoire russe. Elle fut une vedette du cinéma français tout en travaillant abondamment en Italie et en cultivant, toute sa vie, le lien avec la culture de ses parents. Marina Vlady était ainsi faite de contradictions fécondes : star et femme engagée, beauté de cinéma et actrice capable de prendre des risques, enfant de l’exil russe et figure profondément française.

Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, Godard disait simplement : « Elle, c’est Marina Vlady. » Il aurait difficilement pu mieux résumer le phénomène. Car Marina Vlady n’aura jamais vraiment appartenu à une école, à une époque ou à un seul pays.
Elle appartenait à son propre roman
Et ce roman, commencé dans une famille russe exilée et poursuivi sur les plateaux de Paris, Rome ou Hollywood, s’est achevé le 24 septembre 2026, chez elle, entourée de ses proches et de ses animaux. Ses enfants ont évoqué une « longue et belle vie bien remplie ». Il est difficile de trouver, pour une actrice qui aura vécu avec une telle intensité, une formule plus juste.
Marina Vlady, une actrice dans la Guerre Froide – ARTE (FR) :
« Exil » le premier roman de Sacha Tolstoï, descendant du grand Léon



