Aujourd’hui, je sors pour une fois de mon registre habituel et je vous partage la critique d’un jeu vidéo. J’ai envie de vous faire découvrir une petite perle dont on ne parle pas assez et qui est pourtant formidable : « Tales of Berseria ».

« Tales of Berseria » fait partie de l’emblématique saga de jeux de rôle japonais « Tales of ». Cette licence possède la caractéristique d’avoir chaque épisode situé dans un univers distinct, ils ne sont donc pas connectés (un peu comme les « Final Fantasy »). « Tales of Berseria » sorti en 2016 et édité par le studio Bandai Namco est l’avant-dernier opus principal de la franchise.

© Bandai Namco

Il ne s’agit pas d’une œuvre qui brille par ses graphismes, en effet, sans être laid, elle a visuellement, clairement dix ans de retard. Cela ne m’a pas dérangé, car les décors sont assez jolis et l’esthétique manga masque en partie cet aspect, cependant cette limite se doit d’être soulignée. Il ne s’agit pas non plus d’une œuvre qui excelle par son gameplay.

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On est dans de l’action classique, les combats sont plutôt brouillons et consistent à marteler la même touche. Alors, pourquoi ai-je autant apprécié « Tales of Berseria » ? Comment puis-je y avoir passé près de 80 heures ? J’ai tout simplement adoré son scénario et surtout ses personnages.

Une intrigue incroyable et remarquablement écrite

En effet « Tales of Berseria » accorde une place très importante à son intrigue et au développement de ses protagonistes. La richesse de l’univers est impressionnante, j’ai tout de suite été happé par celui-ci. On nous emmène dans le Saint-Empire d’Idgrizz, un environnement dans lequel cohabitent humains, démons et malaks. Les démons sont en réalité des humains qui ont laissé leurs sentiments de rancœurs et de colères les dépasser.

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L’Abbaye, l’organisation théocratique qui dirige le monde, lutte contre eux. Les malaks sont des êtres spirituels dotés de pouvoirs, normalement incapables de libre-arbitre et esclaves de L’Abbaye, bien que certains soient parvenus à s’émanciper. C’est dans ce contexte qu’évolue Velvet Crowe, l’héroïne du jeu. Cette jeune fille très proche de son petit frère malade Laphicet, va voir sa vie bouleversée lorsque ce dernier sera sacrifié par son beau-frère Artorius, lors d’un rituel au nom de L’Abbaye. Velvet, folle de haine et de souffrance, se changera en démon et n’aura plus qu’une seule idée en tête, exécuter Artorius.

Des personnages forts, marquants et complexes

Elle sera accompagnée tout le long de sa quête par un groupe de personnages hauts en couleurs. Rokuru, un samouraï devenu un démon, cherchant à se venger de son frère. Magilou, une sorcière complètement extravagante et déjantée, qui suit la bande car elle n’a rien d’autre à faire. Laphicet, un malak, pris sous l’aile de Velvet et qui va lui servir de frère de substitution, d’où le fait qu’elle l’appelle comme lui. Il est le personnage qui évolue le plus. Il est dépourvu de sentiments au début de l’aventure et finira par se façonner une réelle personnalité forte.

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Eizen, un malak qui est parvenu à se libérer de sa condition en devenant pirate. Et enfin Eleonor, une exorciste, ennemie de nos héros, qui par un concours de circonstances, sera contrainte de les rejoindre. Ce qui frappe avec ce jeu, c’est que les protagonistes sont tous très imparfaits, on est loin du groupe de compagnons sans peur et sans reproche. Ici, tous possèdent des failles et leurs motivations sont au départ loin d’être nobles. C’est la vengeance et le calcul personnel qui guident leurs agissements. On s’attache malgré tout très fort à ces personnages, ils sont complexes et nuancés.

On comprend ce qui les anime, Velvet est une héroïne particulièrement poignante et magnifiquement écrite. Elle est déchirée par toute cette peine et cette fureur qui bouillonnent en elle. Sans approuver forcément toutes ses actions, on éprouve de la sympathie pour elle. Elle est une femme forte, qui a subi les pires épreuves, sans jamais baisser les bras et qui ne reculera devant rien pour obtenir sa revanche, peu importe le prix.

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Le jeu prend réellement le temps de fouiller ses protagonistes, tous ont leurs moments de prestige et leur évolution est excellemment orchestrée. Même les antagonistes sont intelligemment développés, ils sont très loin d’être manichéens et leurs objectifs sont compréhensibles.

Un jeu qui parle beaucoup

« Tales of Berseria » est un jeu très bavard et certains joueurs peuvent trouver cela gênant, puisque l’action s’arrête régulièrement lors de nos déplacements pour que les personnages discutent. Il est logique que beaucoup trouvent que cela casse le rythme ou que cela ralenti l’action. Ces dialogues incessants sont justement à mon sens le cœur de l’œuvre, j’ai pris énormément de plaisir à les suivre, c’est véritablement cela qui a donné vie à ces personnages. À la fin du jeu, j’avais réellement l’impression de laisser derrière moi une bande de copains.

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Le scénario parvient à tenir en haleine jusqu’au bout, de nombreux rebondissements sont présents tout le long de l’épopée et certains passages m’ont fortement marqué. Cette idée que les personnes ressentant des émotions trop fortes sont changées en démons est assez fascinante. L’Abbaye les combat, mais au fond, c’est comme si elle refusait la nature même de l’être humain, c’est-à-dire de posséder des failles et se laisser parfois dominer par ses sentiments. Quand on y pense, nous sommes tous des démons ou nous l’avons été.

Je regretterai peut-être une phase finale un poil redondante et, même si elle demeure cohérente, elle est légèrement en dessous du reste, mais cela n’entache pas la qualité globale du jeu. « Tales of Berseria » est donc un petit bijou bien trop méconnu. Il s’agit d’un JRPG remarquable, qui nous immerge dans un univers recherché et profond. Je vous le recommande vivement si vous voulez suivre une grande histoire, avec de superbes personnages et que la technique un peu datée ne vous rebute pas.

Bande-annonce :


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