« Hardcore » : sinistre plongée dans l’industrie pornographique
À Hollywood, Paul Schrader est surtout connu pour son travail de scénariste, il a, entre autres, collaboré de nombreuses fois avec le grand Martin Scorsese, on lui doit les scripts d’œuvres iconiques, telles que « Taxi Driver » ou « Raging Bull ». La longue et riche carrière de ce véritable passionné de cinéma a démarré au début des années 70 et il est toujours actif aujourd’hui. Il est également réalisateur lui-même et nous allons nous pencher sur l’une de ses œuvres.
Schrader se lancera dans l’écriture de son « Hardcore » peu de temps après la sortie de « Taxi Driver », encore une fois, on remarque son envie de bousculer le spectateur et de le sortir de sa zone de confort. Le long-métrage commence doucement, on suit la vie tranquille et insouciante d’un père de famille, venant d’un milieu conservateur, lors de la période des fêtes. Cette introduction, très délicate, contraste violemment avec le reste du film et c’est voulu. L’élément perturbateur va survenir lorsque la fille de celui-ci va disparaître lors d’un voyage en Californie.

© Columbia Pictures
Après plusieurs mois de recherches, le père, horrifié, va tomber sur une vidéo pornographique dans laquelle sa fille apparaît. Dans l’espoir de la retrouver, cet homme, très traditionaliste, va être forcé de se plonger dans un univers qui le dégoûte, l’effraie et le dépasse. George C. Scott est bouleversant dans le rôle principal, il est admirable dans sa manière de retranscrire la détresse que ressent ce père, qui cherche désespérément à extraire sa fille des griffes du milieu malsain et dépravé dans lequel elle est tombée.

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Il va s’enfoncer dans des quartiers lugubres et malfamés, des lieux qui représentent tout ce qui est à l’encontre de ses principes. Qu’est-ce qui a amené sa propre fille à se tourner vers la pornographie, malgré l’éducation qu’elle a reçue ? A-t-elle été contrainte ou s’agit-il d’un choix personnel ? Le personnage est torturé par toutes ses interrogations.
« Hardcore », angoissante immersion dans un univers glauque et malsain
Le film n’a pas peur d’aborder des sujets tabous, qu’il était rare de voir être traité aussi frontalement. Il nous montre aussi le choc entre deux mondes que tout oppose et qui ne sont pas supposés se rencontrer. Les milieux de la pornographie et de la prostitution sont ici fortement dénoncés. On pointe du doigt le traitement de ces femmes, qui n’ont souvent pas d’autres moyens pour survivre et qui sont honteusement exploitées par ces proxénètes, qui se servent d’elles comme des objets.

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Le rapport entre cet homme et cette jeune prostituée, qui va l’aider dans son enquête, est percutant. Lui, fervent croyant, qui n’a jamais connu la misère, ignore ce que cette pauvre fille a pu traverser au cours de sa vie, il n’a, pour ainsi dire, jamais eu l’occasion de se poser la question auparavant, car ils ne viennent tout simplement pas du même monde. Malgré leurs états d’esprit complètement éloignés, ils vont collaborer et le père va peu à peu remettre en question toutes ses convictions.
C’est là que le long-métrage frappe le plus brutalement à mes yeux, car il critique également sévèrement les milieux conservateurs. Ces éducations rudes et strictes, dans lesquelles tout est interdit, ne laissent aucune liberté à ces jeunes et ceux-ci se sentent étouffés.

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Ce père n’a jamais réalisé qu’il rendait sa fille malheureuse, cette séquence d’introduction qui semblait paisible, était en réalité une façon de nous dire que la souffrance et la violence ne sont pas des choses qui se voient directement au sein d’un foyer, généralement, on tente de cacher cela. C’est justement cette envie de sortir de ce milieu de restrictions, qui va pousser certains à se tourner vers l’extrême inverse en rentrant dans la pornographie et qui va permettre à celle-ci de se développer.
Le père, à cause de son manque d’écoute et d’ouverture envers les besoins de sa fille, est au final directement responsable de son revirement. « Hardcore » est donc une œuvre complexe, très riche en messages et en dénonciations. Paul Schrader prend le risque d’aborder un thème lourd et il le fait avec nuance et intelligence. George C. Scott, très impressionnant par sa prestance, nous prouve une nouvelle fois son grand talent de comédien et sa faculté à choisir des rôles intéressants et audacieux.
Bande-annonce originale du film « Hardcore » de 1979 (ANGL) :
« Mum, I’m alien pregnant » une folie néo-zélandaise à ne pas louper



