L’ancien Garde-Meubles Royal où fut perpétré un des vols les plus mystérieux dévoile aujourd’hui ses merveilleux salons restaurés dans leur splendeur d’antan. Un lieu chargé de nombreuses histoires qui vous passionneront.

La collection Al Thani, objet d’un précédent article, est abritée dans un écrin idéal : L’Hôtel de la Marine, qui fut sur trois siècles le siège du Ministre de la Marine Française, surnommée la Royale

En 1748, la Mairie de Paris veut ériger une place à la gloire de Louis XV, un peu sur le modèle de la Place Vendôme ou de la Place des Vosges. Le roi lui-même offre le terrain marécageux qui lui appartient et qui prolonge le Jardin des Tuileries. Gabriel, l’architecte du roi, y construira la Place Louis XV en 1763 avec deux magnifiques corps de bâtiments au Nord séparés par le Rue Royale, la Seine au Sud, et l’ouverture à l’Ouest vers les Champs-Elysées.

À la révolution, en 1792, cette place sera rebaptisée Place de la Révolution (original…) et enfin, lorsque le roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, et 1117 autres malheureux y auront été décapités et que les esprits se seront calmés, elle sera baptisée Place de la Concorde en 1795.

Le Salon des Amiraux

Les deux édifices jumeaux qui encadrent la Rue Royale sont, à gauche l’Hôtel de la Monnaie, qui abrite l’Hôtel de Crillon et l’Automobile Club, et à droite l’Hôtel de la Marine, ainsi appelé à la gloire de la Marine française qui contribua tant aux succès militaires et commerciaux de la France dans le Monde. Dès le début cet hôtel abrite des trésors : il devient le Garde-Meubles du Roi où, comme son nom l’indique, on entreposait les plus belles pièces de mobilier des collections royales. C’est aussi dans cet hôtel que seront conservés les diamants de la Couronne de France et les bijoux personnels du Roi et de la Famille Royale.

Cette collection des rois de France, amassée depuis le XVIème siècle, contient plus de 10 000 pièces dont des pièces uniques comme le « Grand Saphir » de Louis XIV, le diamant le « Sancy », le « Régent », des perles, des rubis, des émeraudes, des topazes et autres saphirs.

Le casse du siècle !

En pleine période révolutionnaire, l’Assemblée constituante craint que le roi, ou ses amis, ne mettent ses bijoux à l’abri ou ne les fasse parvenir aux troupes contre-révolutionnaires stationnées à l’étranger. Un rapide inventaire du trésor prouve que rien ne manque, à part une certaine quantité d’or. Le Directeur du Garde-Meuble, le baron Thierry de Ville d’Avray, est soupçonné d’amitiés contre-révolutionnaires. Il parviendra toutefois, malgré la surveillance dont il est l’objet, à aménager discrètement un meuble pour y cacher les trois quarts du trésor royal. Bientôt écarté et emprisonné, son successeur retrouve les bijoux et les expose dans des vitrines. 

Baron Thierry de Ville d’Avray

Mais, profitant des désordres de la révolution, un groupe d’une quarantaine de voleurs investissent le Garde-Meubles Royal, ils s’y installent du 11 au 16 septembre 1792 pour cinq jours de ripailles et d’orgies diverses, sans que la garde chargée de la sécurité du trésor ne s’en aperçoive…

Il faut dire que certains gardiens ont rentrés de faux certificats médicaux pour s’absenter, d’autres ont été écartés par des congés non sollicités ; il n’y a plus grand monde pour garder le Trésor des Rois de France.

L’affaire a été bien préparée et elle reste encore aujourd’hui mystérieuse. Parmi les diverses possibilités sur les commanditaires du vol, une hypothèse serait que Danton les aurait subtilisés pour acheter la complaisance du duc de Brunswick qui, à la tête des armées contre-révolutionnaires, marchait sur Paris. Lors de l’affrontement des deux armées à Valmy, les troupes de Brunswick se seraient curieusement comportées avec une très grande mollesse et n’auraient pas insisté pour obtenir la victoire. Leur étrange et inexpliquée retraite qui a sauvé l’armée révolutionnaire a été qualifiée en son temps de « miraculeuse ».

La plupart des bijoux de moindre valeur seront retrouvés dans les deux ans, ils sont aujourd’hui exposés au Musée du Louvre dans la Galerie d’Apollon.

Ce n’est qu’en 1812 que le fameux diamant le « Bleu de France » réapparaît en Angleterre, mais retaillé et ayant perdu ainsi une grande partie de sa valeur. Il est aujourd’hui exposé à la Smithsonian Institution de Washington sous les nom de diamant « Hope ».

Diamant Bleu de France, dit Hope

Une partie de la bande sera rapidement appréhendée et huit d’entre eux seront immédiatement guillotinés juste devant l’hôtel, sur la place.  Le baron Thierry de Ville d’Avray, lui, ne parlera pas : il est retrouvé assassiné dans sa cellule de prison.

La Marine investit les lieux

Symbole de l’Ancien Régime, le Garde-Meubles est supprimé en 1793, les meubles précieux, issus d’un savoir-faire français de l’ébénisterie mondialement reconnu et apprécié, seront en partie vendus ou tout simplement brûlés. Le Garde-Meubles renaît de ses cendres sous les différents régimes que la France a connu : Garde-Meubles des Consuls, Mobilier Impérial et enfin Mobilier National, qui existe toujours de nos jours mais pas dans le même palais, car en  1799 la Marine prend possession de l’ensemble du bâtiment et abritera le Haut Commandement de la Marine jusqu’en 2015. Le Garde-Meuble Royal s’appellera désormais l’Hôtel de la Marine.

Le Grand Cabinet

C’est dans cet Hôtel de la Marine que Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’Etat à la Marine, signe le 27 avril 1848 le décret d’abolition de l’esclavage . Ce n’est que 17 ans plus tard, en 1865, que l’esclavage sera aboli aux Etats-Unis. Le bureau sur lequel Schoelcher a signé ce décret historique est toujours visible dans le palais. En avril 2018, à l’occasion des 170 ans de l’abolition, Emmanuel Macron annonce la création de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage qui aura son siège à l’Hôtel de la Marine.

Un prestigieux musée

En 2021 l’Hôtel de la Marine devient un musée ouvert au public et inauguré par le président français, le Mobilier National participe à la décoration de ce superbe palais. Promenez-vous dans les prestigieux salons remeublés dans le style du XVIIIème siècle. Pour ma part j’y suis allé le soir, et tout était éclairé à la bougie, l’ambiance de l’époque s’y retrouvait à merveille. La galerie extérieure, dite Loggia, bordée d’une colonnade impressionnante, est ouverte sur la Place de la Concorde et vous donnera une vue unique sur celle-ci.

C’est sur cette loggia que le président Mitterrand recevait ses amis pour admirer le défilé du bicentenaire de 1989. Une belle muséographie mêlant technologies actuelles et véritable palais historique vous étonnera et vous en ressortirez plus instruits qu’en y entrant. N’est-ce pas cela que l’on attend d’un lieu aussi chargé d’Histoire ?

Au rez-de-chaussée se trouvent de bons restaurants comme le Mimosa ou le Café Lapérouse. qui raviront les papilles des explorateurs du Temps que vous êtes après l’éclatante visite du palais. La Cour d’Honneur possède un très beau jeu de lumières au sol. C’est vraiment un magnifique endroit que je vous encourage à visiter. 

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