On ne pouvait rêver plus bel écrin pour célébrer le renouveau de la Galerie Moderne, la plus ancienne maison de vente du pays.

Illustration : Au Gaulois © photo Florence Balaes

Fondée en 1935, l’institution a marqué plusieurs générations de collectionneurs et d’amateurs d’art. Sa fermeture annoncée le 10 janvier 2025 après 90 ans d’activité fut vécue comme une véritable onde de choc par la profession et les collectionneurs. Fin de l’année 2025, Régis Baert, grand spécialiste belge de l’art asiatique, décida de reprendre en main cette institution prestigieuse. C’est ce lundi 9 mars, dans les salons de Lorraine du Cercle Royal Gaulois, que la maison a célébré son retour avec une vacation à la hauteur de son héritage et de ses nouvelles ambitions, portées par l’impulsion actuelle de sa jeunesse.

Régis Baert © Galerie Moderne

Durant trois jours, les œuvres étaient présentées dans le cercle le plus exclusif de la capitale belge, à proximité des célèbres cariatides et en dialogue avec le salon Animal Art Bruxelles 2026, organisé comme chaque année d’une main de maître par monsieur Jean-Christophe Barbou des Places.

La vente elle-même s’est révélée particulièrement dynamique. Le marteau a résonné pendant près de huit heures, soutenu par une compétition active entre enchérisseurs présents en salle, acheteurs au téléphone et participants en ligne. Plus de 1 300 inscrits étaient connectés sur les plateformes digitales, témoignant de l’intérêt suscité par cette vacation inaugurale. A la fin, la vente a frôlé les 80 % de lots vendus.

Au Gaulois © photo Florence Balaes

Plusieurs lots ont marqué les esprits. Parmi eux, le tableau « Gare du Luxembourg sous la neige », daté de 1922, de Paul Delvaux (1897-1994) a trouvé preneur pour 44 000 €, tandis qu’une encre de Chine et lavis d’encre sur papier du même artiste s’est vendue à 25 600 €. Dans le domaine des arts asiatiques, spécialité du commissaire-priseur Régis Baert, une statue de Bouddha en bronze doré du Tibet datant du XVIIIe siècle a atteint 37 120 €, tandis qu’un rare vase en porcelaine de Chine de l’époque Kangxi (1662-1722) s’est adjugé 20 480 €. Un vase couvert en jade chinois du XVIIIe siècle a également suscité l’intérêt des enchérisseurs, atteignant la somme de 17 280 €.

Bouddha © Galerie Moderne

Les arts décoratifs et belges n’étaient pas en reste. Une paire de tableaux de Constant Montald (1862–1944) a trouvé acquéreur pour 29 440 €. Pour rappel, Constant Montald est un peintre belge associé au mouvement symboliste. Né à Gand en 1862, Montald se forme à l’Académie des Beaux-Arts de sa ville natale. Grâce à ses talents précoces, il obtient en 1886 le prestigieux Prix de Rome belge, qui lui permet de voyager et d’étudier en Italie.

Constant Montald © Galerie Moderne

Ce séjour marque de façon assez significative son style pictural. Montald développe un univers pictural très reconnaissable, marqué par une esthétique symboliste et des tons bleus. Ses compositions, souvent monumentales et décoratives, mettent en scène des figures idéalisées dans des paysages intemporels baignés d’une lumière dorée. Il privilégie les thèmes allégoriques : harmonie, poésie, nature et beauté.

Constant Montald © Galerie Moderne

Parallèlement à sa carrière de peintre, Montald devient un pédagogue influent. Il enseigne à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, où il forme plusieurs générations d’artistes. Ses toiles se trouvent désormais dans plusieurs musées, dont les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (à l’entrée), le Design Museum de Gand ou encore le musée d’Orsay à Paris. Il a également illustré des billets de banque de 50, 100 et 10 000 francs pour la Banque nationale de Belgique en 1929.

Argenterie Wolfers © Galerie Moderne

L’argenterie, qui a la cote notamment depuis son inflation démentielle en bourse ces derniers jours, est bien visible avec une ménagère de couverts en argent massif des frères Wolfers vendue 15 360 €. La maison Wolfers débute ses activités en 1850, lorsqu’un joaillier d’origine allemande, Louis Wolfers, fonde un petit atelier à Bruxelles, spécialisé dans les ouvrages de style rocaille. Louis Wolfers associe petit à petit ses trois fils Philippe, Robert et Max à l’entreprise, se renommant alors Louis Wolfers père et fils avant de devenir Wolfers frères à la mort de Louis Wolfers. Le style de la maison a évolué avec son temps, et Wolfers se détache du style rococo et travaille de plus en plus avec de futurs grands noms de l’Art nouveau.

Catalogue de la vente © Galerie Moderne

Cette vente inaugurale marque à la fois le retour d’une maison historique, mais aussi le début d’un nouveau chapitre pour la Galerie Moderne, bien décidée à conjuguer héritage et ambition dans le paysage des enchères. Prochaine vente le mardi 9 juin 2026 dans les nouveaux bureaux de la Galerie Moderne, 414 Chaussée de Waterloo, 1050 Ixelles.


“Le tableau volé” et le marché de l’art, sujet rarement traité au cinéma