Depuis un siècle, il veille sur Le Touquet-Paris-Plage comme un gardien de l’élégance. Derrière sa longue façade de briques roses se cachent des histoires de rois, d’acteurs, d’espions, de chefs étoilés… et peut-être même les premiers pas de James Bond. Le Westminster n’est pas simplement un hôtel cinq étoiles : c’est une véritable institution, l’un des derniers grands palaces français à avoir conservé intacte son âme. Le lieu idéal pour prendre un café sur la terrasse extérieure et regarder Le Touquet défiler devant soi.

Illustration : un dessin du Westminster datant de 1938 et exposé dans le hall d’entrée du palace © photo Grégoire Tolstoï

Un palace né au cœur des Années folles

Lorsque le Westminster ouvre ses portes en 1924, Le Touquet est à son apogée. Surnommée « Paris-Plage », la station balnéaire est alors le rendez-vous de la haute société européenne. Les élégantes s’y promènent en robe longue sur la digue, les gentlemen se retrouvent au golf ou à l’hippodrome, tandis que les casinos et les hôtels de luxe rythment les soirées.

 Le Westminster Le Touquet, un palace centenaire © photo Grégoire Tolstoï

C’est dans ce contexte particulièrement faste qu’est construit le Westminster. L’architecte Auguste Bluysen imagine un établissement monumental, inspiré du mouvement Art déco qui triomphe alors en France. Deux ans plus tard, son confrère Raoul Jourde en poursuit l’agrandissement avec une imposante aile supplémentaire et une entrée majestueuse qui donnent à l’hôtel son allure actuelle.

Avec plus de cent mètres de façade, l’établissement impressionne immédiatement. Son nom, résolument britannique, n’est pas choisi au hasard : Le Touquet entretient depuis toujours une relation privilégiée avec l’Angleterre, dont les visiteurs traversent régulièrement la Manche pour profiter de l’air marin de la Côte d’Opale.

 Le hall d’entrée du Westminster © photo Grégoire Tolstoï

Très vite, le Westminster devient l’un des plus prestigieux hôtels d’Europe du Nord. Mais comme tant de bâtiments emblématiques, son histoire est aussi marquée par les soubresauts du XXe siècle. Occupé pendant la Seconde Guerre mondiale, il subit d’importants dommages lors des bombardements de 1944. Sa renaissance est pourtant rapide. Dès 1946, il retrouve progressivement son faste et participe activement au renouveau touristique du Touquet.

Le directeur actuel du Westminster Le Touquet, Marc-Antoine Salembier, réunit de très beaux objets anciens du palace, tels que de l’argenterie et des porcelaines. Ils sont exposés dans le hall de l’hôtel © photo Grégoire Tolstoï

Les décennies passent sans jamais altérer son prestige. L’hôtel traverse les modes, les crises et les changements d’époque tout en conservant son identité. Une nouvelle page s’écrit en 2016 lorsque le Groupe Barrière entreprend une restauration complète du bâtiment. Confiée au designer Bruno Borrione, la rénovation respecte l’âme Art déco tout en insufflant une élégance contemporaine. Le pari est réussi : en 2021, le Westminster décroche officiellement sa cinquième étoile, devenant le seul palace cinq étoiles de toute la Côte d’Opale.

 © photo Grégoire Tolstoï

Le Westminster est aujourd’hui le dernier grand palace historique encore en activité au Touquet. Plusieurs établissements prestigieux qui faisaient la renommée de la station au début du XXe siècle ont disparu au fil des décennies.

Quand les célébrités faisaient du Westminster leur maison

Si les murs pouvaient parler, ils raconteraient probablement les plus belles pages de la vie mondaine européenne. Dès les années 1930, le Westminster accueille le prince de Galles, futur Édouard VIII, dont les séjours contribuent largement à la réputation internationale de l’hôtel. Aristocrates britanniques, diplomates, grands industriels et familles royales s’y croisent presque naturellement.

Une véritable voie lactée de stars ont dédicacé leur portrait pour remercier de leur passage dans ce palace © photo Grégoire Tolstoï

Le cinéma prend ensuite le relais. Marlène Dietrich y séjourne à plusieurs reprises, imposant son élégance légendaire dans les salons du palace. Édith Piaf, Charles Aznavour, Jeanne Moreau, Martine Carol ou encore l’Aga Khan figurent eux aussi parmi les prestigieux visiteurs de l’établissement.

Plus récemment, Daniel Auteuil, Pierre Richard, Jacques Dutronc ou Charlotte Rampling choisissent le Westminster lors du tournage d’Embrassez qui vous voudrez, réalisé par Michel Blanc au début des années 2000. Mais l’histoire la plus fascinante demeure sans doute celle qui relie discrètement l’hôtel au plus célèbre espion de la littérature.

L’espion Jan Fleming, qui s’inspira de ses expériences professionnelles pour écrire « James Bond » © photo Wikipedia Commons

L’écrivain britannique Ian Fleming séjourne régulièrement au Touquet après la guerre. Amateur de casinos, de golf et d’atmosphères élégantes, il apprécie particulièrement le Westminster. Selon la tradition de l’hôtel, c’est ici qu’il aurait trouvé une partie de l’inspiration qui donnera naissance à Casino Royale, le premier roman mettant en scène James Bond.

Daniel Craig dans « Casino Royale », le Westminster appartient aujourd’hui au groupe Barrière, qui possède aussi des casinos © EON Productions

Quelques années plus tard, une autre anecdote vient nourrir la légende : Sean Connery aurait signé au Westminster son premier contrat pour incarner l’agent 007 au cinéma. Vérité historique absolue ou belle tradition locale ? Peu importe finalement. Le lien entre le Westminster et James Bond fait désormais partie intégrante de l’identité du lieu, au point qu’une Suite 007 rend aujourd’hui hommage à cet héritage.

Le Westminster aujourd’hui : le luxe sans ostentation

Dès que l’on franchit les portes du Westminster, on comprend que le temps semble s’y écouler autrement. Le vaste hall mêle subtilement les volumes des Années folles aux lignes contemporaines imaginées par Bruno Borrione. Les matériaux nobles, les jeux de lumière, les boiseries et les touches Art déco créent une atmosphère feutrée où l’on se sent immédiatement chez soi.

© photo Grégoire Tolstoï

Les chambres et suites prolongent cette élégance discrète. Certaines offrent une vue sur le parc, d’autres sur la ville, toutes privilégiant le confort sans jamais tomber dans l’ostentation. Le spa constitue l’un des espaces les plus appréciés de l’établissement. Piscine intérieure chauffée, sauna, hammam, cabines de soins et espace fitness permettent de prolonger l’expérience bien-être après une promenade sur la plage ou une partie de golf.

© photo Grégoire Tolstoï

Les gourmets ne sont pas oubliés. Le restaurant gastronomique Le Pavillon, récompensé d’une étoile au Guide Michelin, célèbre les produits régionaux avec une cuisine raffinée, inventive et précise. Chaque assiette met en valeur les richesses de la mer comme celles de l’arrière-pays, dans un subtil équilibre entre tradition et modernité.

Le Pavillon © Le Westminster Le Touquet

Pour une ambiance plus conviviale, La Table du West propose une cuisine bistronomique généreuse qui séduit autant les visiteurs que les habitants du Touquet. Son brunch dominical est devenu l’un des rendez-vous gastronomiques incontournables de la station.

Et puis il y a le Bar du West

Véritable salon de vie, il est probablement l’un des plus beaux bars de la Côte d’Opale. On y vient autant pour savourer un cocktail signature que pour profiter de son ambiance intemporelle. Fauteuils profonds, piano, éclairage tamisé et service attentif composent un décor où l’on imagine sans peine Marlène Dietrich commander un whisky ou Ian Fleming griffonner quelques notes sur un carnet. À l’extérieur, la terrasse ouvre sur un jardin paisible, loin de l’agitation du front de mer. Une parenthèse de calme qui participe largement au charme du lieu.

Le Bar du West © Le Westminster Le Touquet

Trois bonnes raisons d’y entrer… même sans y dormir : pour boire un cocktail dans l’un des bars les plus élégants des Hauts-de-France ; pour découvrir une table étoilée, où la gastronomie met à l’honneur les produits de la Côte d’Opale ; pour ressentir l’atmosphère d’un véritable palace historique, témoin privilégié d’un siècle de vie mondaine.

Un monument vivant

Le Westminster n’est pas un musée figé dans le passé. Chaque jour, de nouveaux voyageurs franchissent son hall, ajoutant leur propre histoire à celle de l’établissement. À une époque où les hôtels de luxe se ressemblent souvent, le Westminster conserve une personnalité rare. Celle d’un palace qui a traversé un siècle sans renoncer à son élégance, tout en sachant se réinventer. C’est sans doute cela, le véritable luxe : offrir bien davantage qu’un séjour… une rencontre avec l’Histoire.


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