Chaque été, le Palais royal de Bruxelles offre un privilège rare : celui de franchir les portes d’un lieu habituellement réservé aux chefs d’État, aux diplomates et aux grandes cérémonies du Royaume. Après trois années de fermeture consacrées à d’importants travaux de restauration, le palais accueille à nouveau les visiteurs du 3 juillet au 16 août 2026, une occasion unique de découvrir l’un des plus beaux édifices officiels de Belgique sous un jour inédit.

Illustration : le Palais Royal de Bruxelles © photo Wikipedia

Derrière son imposante façade néoclassique se cache un univers où l’histoire, l’art contemporain, les fastes monarchiques et les anecdotes insolites se côtoient avec élégance. Une visite qui surprend autant qu’elle émerveille.

Un palais qui n’est pas une résidence royale

Beaucoup l’ignorent, mais le Palais royal de Bruxelles n’est pas la demeure du roi Philippe et de la reine Mathilde. La famille royale réside au château de Laeken, au nord de la capitale. Le Palais royal est avant tout le siège administratif de la monarchie belge. C’est ici que le souverain reçoit les ambassadeurs, accueille les chefs d’État étrangers, signe certaines lois, remet des distinctions honorifiques et organise de nombreuses audiences officielles.

Un très beau buste en marbre du premier roi des Belges, Léopold Ier © photo Grégoire Tolstoï

Cette fonction institutionnelle explique pourquoi le bâtiment reste fermé au public pendant la majeure partie de l’année. Les semaines estivales constituent donc une parenthèse exceptionnelle permettant de découvrir les salons où s’écrit, en partie, la vie politique et diplomatique du pays.

Le Palais de Bruxelles et son architecture monumentale

Face au parc de Bruxelles, le palais impressionne par sa façade longue de plus de cent mètres, dominée par un fronton classique et une succession de colonnes majestueuses. Pourtant, l’édifice que l’on admire aujourd’hui est le fruit de plusieurs siècles de transformations.

Dans le Grand escalier d’honneur © photo Grégoire Tolstoï

L’histoire débute après l’incendie du palais du Coudenberg en 1731, ancienne résidence des ducs de Brabant et des gouverneurs des Pays-Bas autrichiens. À l’emplacement des anciens hôtels particuliers construits à la fin du XVIIIe siècle, le roi Guillaume Ier des Pays-Bas fait édifier un nouveau palais entre 1815 et 1829.

Un coin de la majestueuse Salle du Trône © photo Grégoire Tolstoï

Lorsque la Belgique devient indépendante en 1830, le bâtiment est progressivement agrandi et transformé. C’est surtout sous Léopold II que le palais prend son allure actuelle. Désireux d’offrir à Bruxelles un édifice digne des grandes capitales européennes, le souverain commande d’importants travaux à l’architecte Alphonse Balat, puis à Henri Maquet. La façade monumentale que nous connaissons aujourd’hui date principalement du début du XXe siècle.

L’Escalier de Venise © photo Grégoire Tolstoï

À l’intérieur, les influences néo-Louis XVI dominent. Marbres polychromes, dorures, lustres monumentaux, boiseries raffinées et parquets précieux composent un décor qui évoque davantage Versailles qu’un simple bâtiment administratif.

Petit tour des grandes salles incontournables

La visite permet d’accéder à plusieurs salons d’apparat parmi les plus prestigieux du pays. La Salle du Trône, malgré son nom, ne possède aucun trône. Les souverains belges ne portent d’ailleurs pas de couronne lors des cérémonies officielles. Cette vaste salle accueille les grandes réceptions d’État et les cérémonies protocolaires. Son parquet en bois exotiques, ses imposants lustres en bronze et les célèbres bas-reliefs réalisés par Auguste Rodin en font l’un des joyaux du palais.

Une autre entrée de la Salle du Trône © photo Grégoire Tolstoï

L’Escalier d’honneur, conçu par Alphonse Balat, impressionne par ses marches de marbre blanc, ses rampes monumentales et sa statue de Minerve symbolisant la paix. La Salle de Marbre, autrefois utilisée comme salle à manger lors des grandes cérémonies, expose de magnifiques cheminées et des portraits historiques. Sans oublier la Grande Galerie, les salons de réception et plusieurs pièces richement décorées qui témoignent du goût du XIXe siècle pour le faste et les matériaux précieux.

La princesse Charlotte de Belgique enfant, future impératrice du Mexique © photo Grégoire Tolstoï

Le plafond aux ailes de scarabées : une œuvre devenue légendaire

S’il est une salle que tous les visiteurs attendent avec impatience, c’est bien la Salle des Glaces. Son plafond est devenu mondialement célèbre grâce à une création spectaculaire de l’artiste belge Jan Fabre. En 2004, à la demande de la reine Paola, celui-ci réalise une œuvre intitulée Heaven of Delight.

Le célèbre plafond aux ailes de scarabées, très photographié © photo Grégoire Tolstoï

L’installation est composée d’environ 1,4 million d’élytres, les ailes rigides de scarabées tropicaux provenant principalement de Thaïlande, où ces insectes sont récoltés après leur mort naturelle pour l’industrie textile et artisanale. Vue de loin, la voûte semble recouverte d’une mosaïque vert émeraude aux reflets métalliques. Mais lorsque la lumière change ou que le visiteur se déplace, le plafond scintille de mille nuances de bleu, de vert et de turquoise. L’effet est saisissant.

A l’arrière du Palais de Bruxelles, il y a un très beau parc aux arbres centenaires © photo Grégoire Tolstoï

Jan Fabre souhaitait évoquer la beauté fragile de la nature, la métamorphose, mais aussi la relation entre l’homme, l’art et le vivant. L’œuvre dialogue avec les décors conçus à l’époque de Léopold II, inspirés de la végétation exotique du Congo.

Tapisserie dans les salons royaux, à la fortune de la cuillère à pot ? © photo Grégoire Tolstoï

Lors de son inauguration, cette création a suscité autant d’admiration que de controverses. Certains dénonçaient l’utilisation d’insectes, tandis que d’autres saluaient un chef-d’œuvre d’art contemporain intégré dans un monument historique. Plus de vingt ans plus tard, ce plafond demeure l’un des éléments les plus photographiés du palais et constitue à lui seul une excellente raison de programmer une visite.

Quelques anecdotes étonnantes

Le Palais royal regorge d’histoires méconnues. Contrairement à ce que l’on imagine, plusieurs souverains belges s’y sont mariés, mais aucun roi n’y est décédé. La Salle du Trône a accueilli des événements historiques majeurs, notamment le mariage civil du roi Baudouin et de la reine Fabiola en 1960, l’abdication du roi Léopold III en 1951 ainsi que celle du roi Albert II en 2013.

La reine Astrid de Belgique © photo Grégoire Tolstoï

Autre détail surprenant : malgré son importance symbolique, le palais appartient à l’État belge et non à la famille royale. Enfin, les visiteurs attentifs remarqueront de nombreuses références à l’histoire économique de la Belgique. Les sculptures de Rodin représentent les différentes provinces du pays à travers leurs activités traditionnelles : industrie, pêche, élevage, textile ou commerce maritime.

De très belles galeries circulaires sur les côtés du palais © photo Grégoire Tolstoï

Une visite enrichie en 2026

La réouverture de 2026 ne se limite pas à la découverte des salons historiques. Quatre expositions temporaires complètent le parcours, parmi lesquelles une exposition consacrée à Louise d’Orléans, première reine des Belges, ainsi que des installations mêlant art, mémoire et innovation. Ces expositions offrent un regard contemporain sur un monument chargé d’histoire et permettent de renouveler la visite, même pour ceux qui connaissent déjà les lieux.

Fenêtre avec vue sur les façades avant © photo Grégoire Tolstoï

Ne manquez pas cette expérience

Visiter le Palais royal de Bruxelles, c’est pénétrer dans un univers habituellement inaccessible. Derrière les portes monumentales se dévoilent des salons où se prennent des décisions importantes, où se déroulent les cérémonies officielles et où l’histoire de la Belgique continue de s’écrire.

La façade arrière du palais de Bruxelles, invisible depuis la Place des Palais © photo Grégoire Tolstoï

Mais c’est aussi découvrir un patrimoine artistique exceptionnel : marbres, sculptures, lustres monumentaux, œuvres de Rodin, architecture néoclassique et, bien sûr, l’incroyable plafond de Jan Fabre qui transforme des millions d’ailes de scarabées en un ciel scintillant.

On voit souvent de loin les gardes dans leur guérite, mais il est rare de voir de près à quoi elle ressemble © photo Grégoire Tolstoï

Que l’on soit passionné d’histoire, amateur d’architecture ou simple curieux, cette ouverture estivale constitue l’une des visites culturelles les plus prestigieuses de Bruxelles. Une occasion rare de franchir les grilles d’un palais vivant, où le passé dialogue avec le présent, et où chaque salle raconte une nouvelle page de l’histoire belge.

Pour visiter le Palais Royal de Bruxelles jusqu’au 16 août 2026, c’est par ici.


À Chantilly, le destin romantique de Louise d’Orléans, première reine des Belges