Il convient de s’intéresser à une possible explication de la citation de l’artiste franco-roumain Constantin Brâncuși concernant les trois sculptures monumentales du centre de Târgu-Jiu : « Vous ne savez pas ce que je vous laisse ici ». En effet, les calculs sous-jacents à Brâncuși éclairent d’un jour nouveau ce célèbre ensemble architectural.

Illustration : détail d’une oeuvre de Brâncusi sur le billet de 500 lei roumain, 1992 © Wikipedia Commons

Lois scientifiques possibles dissimulées par Constantin Brancusi dans son chef-d’œuvre


Ainsi, selon Wikipédia : la Table du Silence mesure 0,45 + 0,45 mètre de haut = 0,9 mètre, la Porte des Baisers mesure 5,13 mètres de haut et la Colonne de l’Infini 29,35 mètres. Le carré de 5,13 est égal au produit de 0,9 et 29,35 à une décimale près. Autrement dit, les rapports Table du Silence / Porte des Baisers et Porte des Baisers / Colonne de l’Infini sont identiques, compte tenu de la hauteur de ces œuvres. Il est très improbable qu’il s’agisse d’une simple coïncidence à l’échelle du dixième de millimètre près ; la seule explication possible est que Brâncuși ait suivi cette équation sans la divulguer.

Constantin Brâncuși © Wikipedia Commons

Par ailleurs, cette identité géométrique focale reflète une loi physique de l’optique. Ce qui peut être naturellement mis en relation avec le fait que Brâncuși était un créateur de génie, dont les oiseaux magistraux se tournaient toujours vers le soleil.De plus, dans son livre « Brâncuși ou comment la tortue apprit à voler », l’écrivain et poète Moni Stănilă dépeint le maître de Hobita comme un homme exigeant, amateur d’énigmes. «Brâncuși fait désormais de la confusion des gens une philosophie de vie, afin de comprendre de quoi ils sont faits », prévient Moni Stănilă.

Quel serait donc le sens de l’énigme de Târgu Jiu ? 


Voici quelques indices : installé à Paris, Brâncuși se trouvait au plus près des sources de la mécanique quantique. On ne peut donc exclure que son monumental triptyque de Târgu Jiu soit une maquette à grande échelle de la légendaire micro-expérience lancée par le physicien Thomas Young, mais confirmée par le duc français Louis de Broglie, contemporain de Brâncuși. 

L’expérience des fentes de Young © DR

Brancusi a dit : « La Colonne de l’Infini. Tel est le message de mon Pilier, gardé par la Table et la Porte… Brûler comme une flamme… Se transformer en éclair, reliant le ciel et la terre. » La Colonne de l’Infini (« Coloana Infinitului »), perçue comme une succession ondulante de «perles  dirigées vers le soleil lumineux, pourrait représenter le photon. Outre l’évocation d’une trajectoire, la forme de la Colonne, si chère à Brâncuși, inclut également cet aspect ondulatoire, c’est-à-dire précisément ce que Louis de Broglie postulait comme fondement de la physique quantique.

La Porte du Baiser (« Poarta Sarutului ») est la double fente de l’expérience de Thomas Young, c’est-à-dire les portes que le fragment de matière ou le photon doit franchir pour révéler son caractère ondulatoire. Brâncusi semble une fois de plus avoir créé une énigme, car, en la nommant et en lui donnant l’apparence d’une Porte à une seule large ouverture, il dissimule la paire de fentes, en réalité, les baisers gravés. Et le fait que les fentes soient également étroites correspond précisément à l’idée de l’expérience quantique.

Brâncusi à l’honneur sur le billet de 500 lei roumain, 1992 © Wikipedia Commons

Enfin, la Table du Silence (« Masa Tacerii ») est l’image de la décomposition, de l’« effilochage » de la microparticule lors de son mystérieux passage à travers la double fente. Ceci se produit dans les conditions où, comme on le sait en mécanique quantique, la microparticule passant par deux fentes sera « comprimée », ce qui est très étrange, mais inévitable. Cependant, la Table du Silence semble suggérer une vision, à grande échelle, de la structure de l’atome. L’inclination de Brâncusi pour les profondeurs de la matière, de la lumière et des essences en général faisait partie intégrante de sa personnalité.

Brâncuși dessiné par Modigliani, 1909 © Wikipedia Commons


« Ceux qui disent que mes œuvres sont abstraites sont des imbéciles ; ce qu’ils appellent abstrait est le réalisme le plus pur, car la réalité n’est pas représentée par la forme extérieure, mais par l’idée qui la sous-tend, par l’essence des choses. J’ai poncé la matière pour trouver la ligne continue. Et quand je me suis aperçu que je ne la trouvais pas, je me suis arrêté ; comme si une force invisible avait touché mes mains », expliquait Brâncusi à propos de sa quête des limites de la micromatière.

L »exposition de Bordeaux en 2015, « Portraits quantistes » © DR

Contemporain de la célèbre citation d’Einstein, « Dieu ne joue pas aux dés », Brâncusi avait sa propre vision du divin et de la pomme de la connaissance. Autrement dit, Brâncuși s’est interposé entre ses propres croyances : « Créer comme un Dieu » et « Nous ne pourrons jamais atteindre Dieu, mais le courage de voyager vers Lui reste important ».

D’autres œuvres artistiques associant Brancusi à des équations physiques


L’artiste Romeo Niram a créé l’exposition « Brancusi E=mc² » en référence à la célèbre équation d’Einstein qui relie l’énergie à la masse et au carré de la vitesse de la lumière. Un exemple fascinant, du point de vue de la physique quantique, est l’inclusion de Brancusi, aux côtés d’Einstein, Bach, Léonard de Vinci et Marie Curie, dans le projet artistique contemporain « Quanticisme », lancé en 2014 par la peintre et sculptrice française Servant-Ermes. Ce projet encourageait la collaboration entre culture et science, suggérant que de grands penseurs de différents domaines pouvaient contribuer au progrès de la recherche.

L’exposition « Portraits quantistes » de Servant-Ermes, Bordeaux 2015


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