Edenya, un souffle de nature et de lumière au cœur de Pairi Daiza
Il est des lieux qui ne se contentent pas d’être visités, mais qui se vivent comme une respiration. Inaugurée en février dernier au sein du parc Pairi Daiza, la nouvelle serre Edenya s’impose comme une promesse : celle d’un dialogue renouvelé entre l’homme et le végétal, entre l’architecture et le vivant. Sous ses verrières baignées de lumière, la nature ne se donne pas à voir, elle s’élève, s’exprime et raconte, dans une poésie silencieuse, le monde tel qu’il est, le monde tel qu’il pourrait être. Cette immense structure immersive invite à traverser des paysages tropicaux, à ressentir l’humidité d’une forêt lointaine, à ralentir au rythme du vivant.
L’émerveillement comme force d’action
Chez Eric Domb, le fondateur du parc, tout commence par une conviction simple, presque lumineuse : « l’émerveillement est la meilleure énergie pour générer la compassion… et donc l’action ». Une idée qu’il défend souvent, après avoir, dit-il, « essayé le contraire ». À travers Edenya, cette philosophie prend corps. La serre n’est pas seulement un écrin spectaculaire, mais un espace pensé comme un levier de transformation intérieure. Car au-delà de la contemplation, c’est bien d’engagement dont il est question.

Edenya, à Pairi Daiza © photo Melusine
Sur le terrain, les actions sont concrètes. Pairi Daiza participe aujourd’hui à plus de cent programmes de reproduction d’espèces menacées, dont plusieurs seront désormais développés au cœur même d’Edenya. En parallèle, la fondation, créée il y a plus de dix ans, prolonge cet engagement bien au-delà du parc, là où les animaux vivent encore à l’état sauvage : des dizaines de milliers d’arbres ont déjà été plantés, et d’autres le seront encore.

Edenya, à Pairi Daiza © photo Melusine
Mais pour Eric Domb, ces actions, aussi essentielles soient-elles, ne suffisent pas. Le véritable enjeu est ailleurs, plus lent, plus profond : « un travail de transformation » mené sur le temps long, celui qui façonne les regards et les consciences.
Les cinq merveilles d’un monde à réapprendre
Pour raconter son magnifique projet, Eric Domb évoque ce qu’il appelle les « cinq merveilles » de Pairi Daiza soit une manière de redéfinir notre lien au vivant.
La première est celle que l’on attend : les animaux. Mais ici, insiste-t-il, ils ne sont pas simplement exposés. C’est leur présence qui touche, leur tranquillité, leur manière d’habiter le monde avec une forme de paix qui nous échappe souvent.

Edenya, à Pairi Daiza © photo Melusine
La deuxième merveille est celle des arbres, ces « cathédrales vivantes » qui entourent et habitent Edenya. Symboles du temps long, ils incarnent une temporalité que nos sociétés ont largement oubliée. « Nous avons désespérément besoin de temps long pour sauver le vivant », rappelle-t-il. Edenya elle-même en est l’illustration : un projet mûri pendant plus de vingt-cinq ans avant de voir le jour.
Viennent ensuite les minéraux, troisième merveille. Quartz, jaspes jaunes, améthystes… Pour Eric Domb, ils incarnent une beauté cachée, invisible tant qu’elle n’est pas révélée. Une métaphore puissante : la nature n’a pas besoin d’être embellie, seulement rendue plus perceptible. « Elle était belle avant », dit-il, « on ne fait que dévoiler sa beauté ».

Edenya, à Pairi Daiza © photo Melusine
La quatrième merveille est peut-être la plus inattendue : les créations humaines. Car si l’homme est capable du pire, il est aussi capable du meilleur, d’une générosité désintéressée, d’un élan de solidarité, d’une quête de sens. « L’espèce humaine est celle qui me passionne le plus », confie-t-il. Non pas malgré ses contradictions, mais précisément à cause d’elles. Là où l’animal vit dans le monde, innocent, l’humain, lui, fait face et porte la responsabilité de ses actes, la responsabilité de prendre soin du vivant.
Enfin, la cinquième merveille est peut-être la plus fragile : l’espoir. Celui que quelque chose, au contact de la beauté, se transforme en chacun de nous. Que l’émotion ressentie ne s’éteigne pas, mais devienne action. Chaque jour, des visiteurs lui écrivent pour raconter comment le parc les a changés, parfois intensément, profondément. « Je reçois tous les jours des lettres dans lesquelles ils me disent que c’est devenu leur lieu et ceci m’émeut profondément », glisse-t-il.
Retrouver le silence, retrouver le lien
Dans un monde saturé de bruit et d’informations, Eric Domb défend une autre expérience évidence : celle du silence. Un silence habité, presque palpable. Celui que l’on ressent en parcourant les allées du parc, et qui, parfois, persiste bien après la visite. « Nous sommes dans une société de l’information et de l’attention où le bruit est permanent, presque aliénant », observe-t-il.

Edenya, à Pairi Daiza © photo Melusine
Face à cela, il oppose une autre dynamique : l’attachement. Car ce n’est ni le flux d’actualités ni le tumulte qui engendrent le changement, mais le lien profond que l’on tisse avec le vivant. « Quand on se sent attaché à la vie, aux êtres, alors on a envie d’agir. ». Depuis plus de trente ans, c’est cette émotion qu’il cherche à faire naître. Non pas imposer un message, mais permettre à chacun de « se laisser gagner par l’amour ».
Et peut-être est-ce là, finalement, la véritable ambition d’Edenya : non pas seulement émerveiller, mais réveiller en nous ce qui, silencieusement, attend de l’être…
Pour visiter Edenya, c’est par ici



