Le Musée du Judaïsme Marocain (chroniques marocaines 2/4)
Le lieu est loin de tout, niché dans une banlieue résidentielle de Casablanca : il faut le courage et la patience de s’y rendre. Mais ce que dit ce lieu est également loin de tout, loin de nous, loin de notre ère post sept octobre. Découvrez le Musée du Judaïsme Marocain, à Casablanca.
Ce lieu nous parle d’une époque dorée : les siècles durant lesquels, ici, au Maroc, et de partout, Juifs et Musulmans pouvaient coexister sans avoir même la conscience des nuances qui les différenciaient.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
L’endroit est modeste mais clair et charmant : à l’origine, le Murdoch Bengio home est un orphelinat fondé par Célia Bengio pour respecter la volonté de son défunt mari qui avait pour idéal d’améliorer le sort des orphelins juifs. L’orphelinat occupe l’emplacement de l’actuel musée entre 1953 et 1966. Devenu ensuite une yashiva, le bâtiment est rénové en 1994-95 par l’architecte Aimé Kaken puis il est transformé en musée en 1997.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
Les trois salles regorgent d’objets liturgiques ou traditionnels du XIXème ou du début XXè : les costumes sobres mais élégants des dignitaires religieux et les tenues richement brodées des mariées. Dans les vitrines, de nombreuses Thorah ou objets du culte, et également des bijoux : les cartels soulignent bien que ces derniers, parures des jeunes mariées juives, sont de même type que l’orfèvrerie et la bijouterie berbères. Aucune différence entre ces fibules d’argent incrustées de pierres précieuses et celles que portaient les moukères : les techniques ancestrales (parfois oubliées de nos jours) sont les mêmes, les motifs sont les mêmes.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
Deux collections temporaires sont consacrées à la photographie. La première présente le travail de Jono David qui, à l’occasion d’un voyage en Afrique du Sud, constata l’existence d’une riche communauté juive et qui, dès lors, se décida à parcourir le monde entier, mais plus particulièrement l’Afrique, pour valoriser l’ensemble des communautés juives.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
C’est ainsi qu’il a pu photographier les juifs du Kenya (Children of the Kasuku), de Madagascar (Kiddush Shacharit Sharit Antananarivo), d’Uganda (Nabugoye village), de Namibie (Congrégation Windhoeck), du Nigéria (Kubwa, Abuja), du Botswana (Hachnassar sefer Torh Gaborone), du Congo (Rabbi Shlomo Bentolila, Kinshassa), d’Ethiopie (Hatikva Jewish community, Gondar) et, naturellement, d’Afrique du Sud (Habad Lubavitch, Johannesburg), illustrant ainsi la persistance d’un culte souvent ignoré dans certains pays.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
L’autre exposition, « Vie et visages » photos des juifs de Casablanca (1960-1969) est l’œuvre conjointe de Gabriel Soussan et de Claude Sidbon. Jusqu’au début des années trente, au Maroc, Juifs et Musulmans coexistaient quotidiennement en exerçant les mêmes professions, se distrayant de façon similaire et profitant, avec le même plaisir, du climat délicieux. Le titre « Un Juif, un Musulman et quelques cageots de légumes » en est la traduction d’une façon quasi ironique : sur le cliché, l’un ne se distingue pas de l’autre, et ce qui les sépare, c’est la trace matérielle du labeur qu’ils doivent accomplir pour gagner leur pain de tous les jours. Cet autre titre, « Rue des Anglais, un Arabe et un Juif », rappelle que Juifs comme Arabes ont eu à subir de la même façon la présence du colonisateur européen.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
Et puis, tout au fond du musée, dans la dernière salle, un très grand dessin (crayon sur papier) rappelle qu’en certaines périodes historiques ce que les Juifs et les Musulmans avaient en commun était de subir les foudres du redoutable tribunal catholique : Le retournement de l’histoire : Juifs et Musulmans de l’Inquisition, André El Baz Narbonne 2007.
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Musée du Judaïsme Marocain © photo Alain Girodet
Le Musée du Judaïsme Marocain de Casablanca : un beau musée, riche et émouvant, qui nous parle d’hier pour nous faire espérer demain. Adresse : 81 rue Chasseur Jules Gros, Casablanca
La vieille médina de Casablanca (chroniques marocaines 3/4)