« The Red Mask » : la renaissance du cinéma d’horreur « meta »
L’une des plus grandes qualités du Brussels International Fantastic Film Festival, c’est qu’il permet aux mordus de films de genres de découvrir des œuvres qu’ils n’auraient pas l’occasion de voir dans d’autres circonstances. The Red Mask fait partie des meilleurs films que j’ai vu lors de cette édition.
Il s’agit d’un film d’horreur qui utilise le procédé de la mise en abîme. En effet, ici, on suit une jeune scénariste, chargée d’écrire le scénario du reboot d’une célèbre saga mettant en scène un tueur masqué, The Red Mask. Isolée avec sa compagne dans une maison au fond des bois, des événements étranges vont se produire… Et si la réalité dépassait la fiction?

© Create Entertainment
Une nouvelle perle découverte au BIFFF
The Red Mask appartient à la catégorie très spécifique des films d’horreur « Meta », c’est à dire qu’il joue avec les codes de son propre genre. Ici, les personnages en connaissent les clichés et possèdent les mêmes références que les spectateurs. L’emblématique « Scream » a lancé cette tendance en 1996. Si cette mise en abîme était originale il y a 30 ans, le filon a été depuis plus qu’épuisé, principalement par les suites de « Scream ». Bien qu’à première vue, The Red Mask ne brille pas par son originalité, le film tire ingénieusement son épingle du jeu.

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Mieux, il est infiniment plus pertinent et subtil que le catastrophique « Scream 7 » sorti cette année, comme si l’élève avait finalement dépassé le maître. Toute l’action se déroule dans cette maison au fond des bois, mais on n’a jamais le temps de s’ennuyer. On s’attache très fort à ce couple et on ressent le stress qu’éprouve cette jeune femme et en effet, sa tâche n’est pas évidente.
Elle doit adapter à notre époque une célèbre franchise des années 80. On attend de cette nouvelle version de respecter l’esprit de l’époque, afin de ne pas froisser les fans de la première heure. Mais elle doit aussi contenir suffisamment de nouveautés pour satisfaire le public d’aujourd’hui. Surtout, certaines caractéristiques des films d’épouvantes des années 80, comme la nudité gratuite et le sexisme, sont évidemment évincées de cette nouvelle interprétation. Bref, peu importe la direction que prend l’intrigue, la jeune scénariste s’attend de toute façon à recevoir les foudres de mécontents.

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Un violent retour de bâton des aficionados, qui lui reprocheront d’avoir transformé leur saga adorée en une œuvre « woke » et sans âme, c’est ce que notre héroïne craint le plus. Le film dénonce ici ces communautés de fans toxiques, capables d’harceler et blesser réellement des gens, juste à cause d’un film qu’ils n’ont pas aimé, ou qui n’a pas correspondu à leurs attentes. Il critique ce rejet de la nouveauté, dès qu’un long métrage tente d’être un peu plus inclusif, on le juge tout de suite comme « woke » et « bien-pensant ». La pression de l’écriture d’un scénario sert donc de ressort horrifique, et c’est là où The Red Mask est intéressant et se démarque.
Une œuvre qui détourne astucieusement les codes
Avoir mis en scène un couple lesbien n’est pas anodin. On montre ici ce choc entre deux visions opposées du cinéma. Celle de la prise de risque et du changement et dans l’autre sens, celle du refus de l’évolution des codes. Sans vouloir trop en dévoiler, c’est ce conflit qui sera au cœur du récit. Au-delà de cela, The Red Mask excelle dans l’ingéniosité de ses clins d’œil aux grands classiques.

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Il cite d’ailleurs « Scream » et c’est très amusant, car comme je vous l’ai dit, avec un budget bien plus modeste, The Red Mask surpasse largement les trois dernières suites de cette franchise. Bien sûr, le long métrage possède des défauts. Son message, bien que juste, manque peut-être un peu de nuance et son manichéisme pourra en énerver plus d’un. En effet, le film oublie de pointer du doigt ces studios qui poussent à l’inclusion de communautés plus marginalisées, non pas pour les mettre en valeur, mais pour soigner leur image.
La conclusion de l’œuvre peut sembler également un peu trop simple, j’aurais aimé que le concept soit encore creusé davantage. Néanmoins, ces détails n’empêchent pas The Red Mask d’être une belle petite réussite et une bouffée d’air frais plus que bienvenue dans le cinéma d’horreur.
Bande-annonce (ANGL):
« Immaculée », un monastère pas très catholique



