David Sala adapte en BD chez Casterman la fantastique histoire de Frankenstein, avec un talent extraordinaire, un style quasi pictural, dans une formidable bande dessinée de 220 pages. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tout amateur de neuvième art.

David Sala

Casterman nous apprend que David Sala est né le 18 juillet 1973, à Décines (69). Après des études à l’école Émile Cohl, à Lyon, il réalise diverses couvertures de romans. Puis il publie, avec Jorge Zentner, sa première série de bande dessinée, Replay (trois volumes, Casterman, 2000). Il travaille également pour l’édition jeunesse, pour laquelle il produit plus d’une dizaine d’albums. En 2017, il s’attaque avec brio à l’œuvre de Stefan Zweig, en signant une adaptation remarquée du Joueur d’échecs, puis s’attaque à sa propre histoire familiale en 2022 avec Le Poids des héros.

David Sala © photo Chloé Vollmer-Lo / Casterman

Klimt et Spilliaert invoqués

La qualité picturale de David Sala n’est plus à démontrer. Si l’histoire de Frankenstein a été écrite par Mary Shelley au début du XIXe siècle, en 1816, l’auteur a su ici faire appel à l’esthétique du début du XXe siècle pour l’illustrer. Par exemple, l’univers onirique et cauchemardesque d’un Léon Spilliaert pour les scènes terribles, et le monde coloré d’un Gustav Klimt pour les scènes de bonheur. Mais on pourrait aussi citer Frida Kahlo, Edward Munch, et bien d’autres. Peut-être serait-il plus juste de dire que ces grands peintres sont ici invoqués davantage que convoqués, car avec Frankenstein la magie et les invocations ne sont jamais loin.

Victor Frankenstein contemple les flots, image qui rappelle la période ostendaise de Léon Spilliaert © David Sala / Casterman

La pluie, favorable aux plantes, et à la créativité

Les circonstances de la naissance de cette oeuvre majeure de la littérature fantastique sont connues : de jeunes Anglais se réjouissent de passer l’été aux bords du Lac Léman. Ils louent la Villa Belle Rive, une splendide demeure de la banlieue de Genève, à Cologny, avec vue sur le lac. Las ! L’été 1816 est aussi pourri que certains de nos étés contemporains. Même pire, car l’origine de ce temps exécrable prend sa source dans l’éruption du volcan indonésien Tambora en avril 1815. Il a fallu que les vents poussent les cendres jusqu’en Europe, pour déclencher l’année suivante ce que l’on appela « l’année sans été ».

Frankenstein sous la pluie, comme Lord Byron, Mary Shelley et leurs amis en été 1816 © David Sala / Casterman

Adieu les belles balades dans la Suisse romantique. Cloîtrés chez eux, le groupe d’amis décide, pour passer le temps, de faire un concours d’histoires fantastiques. Chacun écrira une courte histoire, et la lira aux autres. Ce sera la naissance d’oeuvres majeures: John Polidori écrira Le Vampire, et Mary Shelley lancera les bases de son Frankenstein. Pendant ce séjour, Lord Byron change le nom de la Villa Belle Rive qu’ils habitent, en Villa Diodati, du nom de ses propriétaires. Mary Shelley reprendra ce nouveau nom pour désigner la maison du docteur Frankenstein, Belrive.

Un moment de bonheur pour l’affreuse créature © David Sala / Casterman

Frankenstein, ou le Prométhée moderne

Petit rappel bien utile : Frankenstein est le nom du savant fou qui crée le monstre. Le monstre lui-même n’a pas de nom. C’est l’histoire d’un étudiant un peu dingue qui, à l’image de Dieu, veut créer la vie elle-même. Allant se fournir en morceaux de cadavres dans les cimetières, il parvient à donner vie à une immense créature monstrueuse. Effrayé par son propre accomplissement, il s’enfuit et abandonne la créature à son triste sort.

Les merveilleuses illustrations de la BD Frankenstein © David Sala / Casterman

Seul et ignorant des réalités de ce monde, le monstre erre dans la ville, jusqu’à ce qu’il soit recueilli par une jeune fille bonne et miséricordieuse qui prend soin de lui. Pensant avoir trouvé la tendresse qui lui manque tant, le monstre sera horrifié par la réaction de la foule brutale, qui prenant la jeune fille pour une sorcière, la bat, la lynche et la pend. Il n’aura dès lors qu’un seul but: la vengeance. Il fera bien l’une ou l’autre tentative pour se rapprocher des humains, mais elles se solderont toujours par d’amères déceptions. Là où le monstre passe, la vie trépasse. Sa cavale est parsemée de cadavres, et son objectif est de retrouver Frankenstein, son père indigne, pour se venger de lui.

« Je suis méchant parce que je suis malheureux » extrait de Frankenstein © David Sala / Casterman

Frankenstein est le roman gothique par excellence, une inspiration pour des générations d’auteurs. On ne compte plus les adaptations depuis deux siècles, qu’elles soient, notamment, cinématographiques ou en BD. Celle de David Sala est exceptionnelle.

Pour connaître la fin, si vous ne la connaissez pas encore, achetez le magnifique Frankenstein de David Sala, aux éditions Casterman, 220 pp. 28 €.


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