La Michèle Schoonjans Gallery expose deux jeunes artistes contemporaines : Elise de Falletans et Manon Sarah Thirriot. Elles se partagent les matières, si la première est fascinée par le travail du métal et de la récupération, la seconde a une affection particulière pour les fibres végétales.

Elise de Falletans est une artiste d’origine belge basée entre Bruxelles, Paris et Londres, formée par ailleurs à la Central Martins College of Art and Design. Elle eut l’occasion de travailler en collaboration avec de prestigieuses maisons tels que Hermès, Vuitton ou Dior, notamment à la décoration de leurs vitrines. Désormais elle se consacre sur ses créations qui mobilisent des matériaux simples (pièces de monnaies, eau, éléments organiques, métaux…). Bien en accord avec l’esprit de notre époque, à travers une économie formelle précise, la jeune artiste place l’accent sur la transformation. L’exposition met en scène des lotus et des roseaux fabriqués à partir d’un assemblage de pièces de monnaies en cuivre rouge (des pièces de cinq centimes).

« Traverser la rivière » de Manon Sarah Thirriot © photo EIIO Studio / Michèle Schoonjans Gallery

Son esthétique se veut à la fois poétique – l’idée est de partir des pièces de monnaies jetées dans les fontaines pour y faire un vœu – et matérielle au sens latin du terme « materialis »[1]. En effet, ces œuvres nous font réfléchir sur le rapport entre l’art et son inscription dans la matière qui permet une durabilité dans le temps. Les arts visuels, contrairement à la musique ou à la danse, ne sont pas éphémères, ils peuvent être considérés comme un investissement…

L’exposition d’Elise de Falletans et Manon Sarah Thirriot © Michèle Schoonjans Gallery

Manon Sarah Thirriot est pour sa part une artiste française basée à Lille et diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Tourcoing. Son travail est d’une qualité rare. Sa pratique se distingue par l’usage de la marqueterie et de la gravure sur bois à la hauteur des ateliers d’Emile Gallé[2]. L’artiste française se passionne pour la nature en mouvement, elle y construit des surfaces dans lesquels la matière semble se muer, être en perpétuelle transformation, oscillant entre apparition et disparition, jeu d’illusion et de trompe l’œil. Elle s’appuie sur les qualités propres du bois, cette matière bien vivante dont les variations révèlent les effets de la lumière. Ses œuvres déploient des espaces denses inspirés des sous-bois grâce aux diverses essences des arbres choisies pour leurs tonalités et leurs veinages où la couleur affleure depuis la structure même du matériau.

L’exposition d’Elise de Falletans et Manon Sarah Thirriot © photo EIIO Studio / Michèle Schoonjans Gallery

L’exposition « Ce qui grandit dans l’ombre » qui se tiendra jusqu’au 20 juin 2026, a pour fil conducteur de placer le paysage comme une expérience à observer plus que comme un simple motif figé à contempler. A la croisée de techniques ancestrales : marqueterie, tournage, gravure, soudage… qu’elles réinterprètent dans une écriture contemporaine, les deux artistes créent des œuvres où la matière devient elle-même langage. Entre paysages de bois et végétations nées de pièces de cuivre, l’exposition compose un territoire hybride où matière naturelle et objets du quotidien se rencontrent.

Michèle Schoonjans Gallery, Rivoli Building, 690 Chaussée de Waterloo, 1180 Uccle

[1] qui appartient à la matière

[2] Emile Gallé (1846-1904) célèbre verrier et ébéniste originaire de Nancy


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