Jean-Joseph Chapuis, un menuisier de génie
Ebéniste de renommée internationale Jean-Joseph Chapuis (Belgique, 1765-1864) est au mobilier ce qu’est David à la peinture ! Portrait du plus grand artisan du mobilier belge de la croisée du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
George Jacob (France, 1739-1814) ou Jean-Baptiste Claude Sené (France, 1748-1803) sont considérés comme les maîtres des sièges, Adam Weisweiler (Allemagne, 1746/1820) celui des commodes et des tables. Chapuis lui cumule les excellences aussi bien dans les tables que dans les sièges…

Guéridon Chapuis, pieds en sphynges © Galerie Etienne de Roissart
De renommée peut-être plus confidentielle, ce belge d’origine formé dans l’atelier de George Jacob a su s’illustrer par la qualité de ses meubles. Vers 1790, il obtint une maîtrise à Paris, ce qui lui permet d’utiliser une estampille. Ses tables et ses sièges curules – sièges pliants à pieds croisés utilisés par les hauts magistrats de la Rome antique et repris ensuite par les dignitaires du premier Empire – sont tout simplement des prouesses techniques alliant un raffinement esthétique, un sens du détail et une solidité hors pair notamment grâce au fait qu’il ait inventé la technique du lamellé. Technique de découpe consistant à superposer des couches de bois en alternant le sens du fil permettant d’exécuter des courbes.

Table Chapuis © Galerie Etienne de Roissart
Ses guéridons méritent qu’on s’y attarde pour leurs multitudes de techniques et de matériaux imbriqués ensemble : il n’hésite pas pour un même et seul guéridon à utiliser de la corde, des tiges métalliques et des feuilles de bois.
Son style très caractéristique et reconnaissable est totalement imprégné de son époque et de l’Empire. Cependant, là où un Desmalter (1770-1841) inonde ses créations de sphinges, d’angelots grecs, d’amphores, de feuilles stylisées, de déesses, de guirlandes en bronzes dorés ou en bois recouvert d’or, Chapuis lui incorpore les styles en vogue sous Napoléon I mais avec parcimonie et délicatesse, ce qui rend ses productions intemporelles.

Guéridon Chapuis, pieds en sphynges, détail © Galerie Etienne de Roissart
Dans l’ombre des géants de son époque, il y conçoit de nombreux meubles à combinaisons et à mécanismes pour les diverses Cours d’Europe, d’où son appellation d’« ébéniste mécanicien ». Il livra des meubles pour l’empereur Napoléon Bonaparte et pour son épouse l’impératrice Joséphine notamment pour le château de la Malmaison mais également pour le premier souverain des Pays-Bas, Guillaume Ier d’Orange Nassau. On sait qu’après 1815, Jean-Joseph Chapuis devient fournisseur de la cour du Royaume des Pays-Bas unis.

Estampille de Chapuis © Wikipedia Commons
La plupart de ses meubles sont aujourd’hui en mains privées notamment au palais de Laeken, quelques-uns sont exposés à Bruxelles dans les musées royaux d’art et d’histoire, dans le musée Charlier de Saint-Josse-ten-Noode ou encore dans le musée de la ville de Bruxelles.
Si selon Cocteau, mourir à 20 ans, c’est mourir en dieu. Jean-Joseph Chapuis ne semblait pas vouloir être inscrit au panthéon des grands hommes. Il arrête son activité à 65 ans, « fortune faite » en 1830, et vivra jusqu’à l’âge de 99 ans.
“Le tableau volé” et le marché de l’art, sujet rarement traité au cinéma



